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Décentralisation au Gabon : ce que change une hausse des budgets alloué aux collectivités Locale

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BIA CONSEIL
4 oct.
4 min de lecture

Présentation de l’expert


André BIAYOUMOU est expert certifié en stratégie financière des collectivités locales, diplômé d’un Master en Économie du développement, spécialisé en Conception et Ingénierie de projets de développement à l’Université de Bordeaux en France.


Après des études secondaires effectuées au Gabon, son pays de naissance, André BIAYOUMOU est devenu un fervent défenseur du développement des pays du Sud, en particulier des régions rurales souvent marginalisées. Selon lui, « le développement économique durable d’un pays passe inéluctablement par la croissance et le développement équilibré de ses collectivités locale ».


Introduction

Depuis la loi de 1996 sur la décentralisation, le Gabon affiche l'ambition de rapprocher la décision publique des citoyens. Pourtant, pendant longtemps, les communes ont disposé de ressources très inférieures à leurs compétences : voirie, salubrité, état civil, marchés, éclairage public, écoles primaires, entretien des équipements de proximité. Dans ce contexte, l'augmentation des dotations de l'État et des budgets alloués aux collectivités locales est présentée comme un levier de développement. Mais l'argent seul suffit-il à transformer les communes ?


1. Les effets attendus d'un budget local renforcé

Des services de base plus accessibles : avec des moyens supplémentaires, une commune peut financer le ramassage des déchets, la réfection des routes secondaires, l'adduction d'eau ou l'éclairage public. Ce sont des services que les habitants perçoivent directement, et qui améliorent la salubrité, la sécurité et la mobilité au quotidien.


Une meilleure adaptation aux besoins réels : les élus locaux connaissent les priorités de leur territoire mieux que l'administration centrale. Un budget local plus important leur permet d'arbitrer eux-mêmes : un marché couvert à Oyem, l'assainissement à Port-Gentil, une desserte rurale dans le Woleu-Ntem ou la Ngounié.


Un effet d'entraînement sur l'économie locale : la commande publique locale (travaux, fournitures, entretien) soutient les PME, les artisans et l'emploi de proximité. Des équipements comme les marchés, les gares routières ou les zones d'activité stimulent le commerce et les recettes fiscales locales.


Un renforcement de la démocratie de proximité : quand les communes gèrent des sommes significatives, les citoyens ont un intérêt plus concret à suivre leur usage, à voter et à interpeller leurs élus.


2. Les conditions pour que l'argent produise du développement

La régularité et la prévisibilité des transferts : une hausse annoncée dans la loi de finances n'a d'effet que si les fonds sont réellement versés, à temps. Les retards de décaissement empêchent de planifier des investissements et poussent les communes à ne financer que le fonctionnement courant.


Les capacités de gestion locales : un budget accru exige des compétences en planification, en passation de marchés, en comptabilité publique et en suivi de projets. Sans formation des agents et des élus, les fonds risquent d'être sous-consommées ou mal dépensés.


L'équilibre fonctionnement / investissement : Si l'essentiel des ressources supplémentaires est absorbé par la masse salariale et les dépenses courantes, l'impact sur le développement reste limité. Le vrai test est la part réservée aux investissements structurants.


La péréquation entre territoires : Libreville, Port-Gentil et Franceville n'ont pas la même base fiscale que les petites communes rurales. Une hausse uniforme peut creuser les écarts, tandis qu'une répartition tenant compte de la population, de l'enclavement et des besoins réduit les inégalités territoriales.


Le transfert effectif des compétences : transférer des budgets sans transférer clairement les compétences, ou l'inverse, crée des zones grises entre l'État et les communes, avec le risque de doublons ou de services que personne ne finance.


3. Les risques à anticiper

La mauvaise gouvernance et la corruption : les contrôles de la cour des comptes, inspections, audits doivent obligatoirement accompagner l'augmentation des volumes financiers alloué aux collectivités locales.

La dépendance à l'État : des communes financées presque uniquement par les transferts font peu d'efforts pour développer leurs recettes propres (taxes locales, patentes, foncier, marchés et mobilisation de ressources financière internationale / partenariat stratégique).


Les projets sans maintenance : construire est visible et politiquement rentable, entretenir l'est moins, d'où des équipements qui se dégradent vite.

Le manque de transparence : sans publication des budgets et des comptes, les citoyens ne peuvent pas juger l'usage des fonds. Pour ce fait Les collectivités locales doivent rendre publique leur compte administratif.


Recommandations

1 - Garantir des transferts programmés et versés selon un calendrier public.

2 - Investir dans la formation des élus et des cadres communaux.

3 - Instaurer une budgétisation participative pour associer habitants, associations et acteurs économiques.

4 - Publier les budgets, marchés et comptes administratifs, y compris en ligne.

5 - Renforcer la fiscalité locale et la fiabilité du cadastre et des registres d'activité.

6 - Prévoir des lignes dédiées à la maintenance des équipements.

7 - Évaluer régulièrement les résultats (accès à l'eau, état des routes, scolarisation, salubrité) et non seulement les montants dépensés.



Conclusion

Augmenter le budget des collectivités locales gabonaises est une condition nécessaire du développement des communes, mais pas suffisante. L'impact réel dépend de la régularité des transferts, de la qualité de la gestion, de la transparence et de la capacité des communes à mobiliser leurs propres ressources. Bien accompagnée, cette hausse peut faire des communes de véritables moteurs de développement local ; mal encadrée, elle risque de n'être qu'un transfert de fonds sans transformation durable.



Auteur : André BIAYOUMOU

Expert en stratégie financière des collectivités locales



Publication 04/10/2026

 
 
 

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